L’Affare Makropoulos di Leoš Janáček all’Opéra Bastille di Parigi dal cinque al diciassette ottobre. REGIA di Krzysztof Warlikowski, DIREZIONE D'ORCHESTRA di Susanna Mälkki. PROTAGONISTA KARITA MATTILA
L’Affaire Makropoulos de Leoš Janáček revient à l’Opéra Bastille du 5 au 17 octobre 2023, dans la mise en scène emblématique de Krzysztof Warlikowski, et sous la direction musicale de Susanna Mälkki.
Pour magnifier l’œuvre de Janáček, Krzysztof Warlikowski fait appel aux icônes éternelles de l’âge d’or d’Hollywood, de Marilyn Monroe à King Kong. La soprano Karita Mattila interprètera le rôle de la cantatrice Emilia Marty. Pavel Cernoch sera Albert Gregor, Cyrille Dubois, Janek, Johan Reuter, Jaroslav Prus, et Peter Bronder, Hauk-Sendorf. L’Affaire Makropoulos marquera aussi les débuts d’Ilanah Lobel-Torres (Krista) et de Nicholas Jones (Vitek) sur la scène de l’Opéra Bastille en tant qu’artistes de la troupe lyrique de l’Opéra de Paris.
Né le 3 juillet 1854 à Hukvaldy, en Moravie, Leoš Janaček étudie la musique au monastère de Brno et l’orgue à Prague et au Conservatoire de Leipzig. En 1874, il rencontre à Prague Antonin Dvořak, auquel le liera une profonde amitié et qui influencera notablement ses compositions. Il fonde à Brno une école d’orgue, embryon du futur conservatoire, puis un orchestre permanent. Il compose son premier opéra, Šarka, en 1887. Nommé secrétaire du département des études folkloriques à Prague, il rassemble et révise de nombreuses mélodies populaires, et compose des œuvres liées à cette culture. Janaček puise une grande partie de son inspiration dans l’exploration du folklore morave, dans l’étude du dialecte et des coutumes de son pays natal et des bruits de la nature. Mais il sait aussi s’imposer comme un remarquable dramaturge et homme de théâtre. Il se laisse également influencer par des sources slaves : Dostoïevski, Gogol, Ostrovski et Tolstoï lui ont inspiré De la maison des morts, le poème symphonique Tarass Boulba, l’opéra Katia Kabanova et le quatuor Sonate à Kreutzer. Une puissante charge dramatique caractérise toute son œuvre : les portraits de Jenůfa et de Katia, par exemple, sont empreints d’une grande subtilité psychologique. S’il ne fera jamais école au sens esthétique du terme, il n’en demeure pas moins, toute sa vie, le militant d’une culture tchèque connectée aux réalités de son temps. Son dévouement au service de la vie musicale locale comme sa volonté de ne composer que sur la langue tchèque, avec une passion de linguiste, ralentiront sa carrière – il a longtemps été perçu comme un musicien régional. De son vivant, il ne connait qu’un succès tardif et géographiquement limité : quand Jenůfa parvient enfin à s’imposer, le compositeur a déjà 62 ans. Il a composé un ballet, neuf opéras (citons parmi les plus célèbres Katia Kabanova, Jenůfa, Osud, Les Excursions de M. Broucek, La Petite Renarde rusée, L’Affaire Makropoulos, De la maison des morts), presque tous créés à Brno, des œuvres de musique chorale (messes, motets, cantates) parmi lesquelles la Messe glagolitique sur des textes en vieux slavon, des œuvres de musique instrumentale (rhapsodies, poèmes symphoniques, quatuors, sonates). Il meurt à Ostrava le 12 août 1928.
L'ŒUVRE L'Affaire Makropoulos est le huitième et avant-dernier opéra de Janáček. Il est tiré d'une pièce de Karel Čapek (1890-1938), un des rares auteurs tchèques à avoir pu acquérir une réputation internationale entre les deux guerres, et raconte l'histoire d'une femme, Emilia Marty, qui, après avoir bu un élixir de longévité, a vécu plus de trois cents ans, sous des identités et dans des lieux différents. Lorsque la pièce commence, Emilia est revenue à Prague, où elle est née, pour y terminer sa longue vie. Mais elle entend parler par hasard d'un procès dans lequel elle a été jadis impliquée et dans les archives duquel elle pourrait retrouver le document sur lequel est consignée la recette de l'élixir. Elle fait tout, dès lors, pour le récupérer... La pièce de Čapek était apparue, lors de sa création, comme une réponse à la pièce de George Bernard Shaw, Retour à Mathusalem, qui postulait qu'une vie plus longue aurait pour résultat une sagesse et un bonheur accrus. Čapek montrait au contraire à quel point Emilia Marty était une femme malheureuse et que c'est bien la conscience de la brièveté de la vie qui nous permet d'en jouir pleinement. C'est aussi cette dimension philosophique qui incita Janáček à adapter cette pièce étrange — un bon nombre des œuvres de Čapek traitaient de science-fiction — à l'opéra. Mais alors que Čapek l'envisageait sous l'angle de la comédie optimiste, le compositeur de Jenůfa et de Katia Kabanova lui donna la profondeur d'une tragédie personnelle. Et dans le personnage d'Emilia Marty, il vit aussi un condensé des rôles féminins qu'il avait précédemment écrits et dans lesquels se profilait toujours la figure de la jeune femme qui avait illuminé les douze dernières années de sa vie : Kamila Stösslova. Sur le plan musical, Janáček, comme à son habitude, accorde un soin tout particulier à la prosodie et calque le rythme naturel des mots sur celui de la musique. Comme le dit Guy Erismann, « c'est cette pulsation, cette inquiétude générale, l'ardeur des sentiments divers — amour, argent, curiosité fébrile — qui traversent ce petit monde ordinaire et cette grande dame sans âge, que l'on retrouve dans la musique. » De fait, L'Affaire Makropoulos est, de tous les opéras du compositeur avant De la maison des morts, celui qui réunit le vocabulaire le plus dur et le plus dissonant. Mais la passion et la compassion y soufflent également avec lyrisme et ne s'apaisent que dans les derniers stades de l'opéra. LA CRÉATION L'Affaire Makropoulos a été créé le 18 décembre 1926 à Brno, sous la direction de Frantisek Neumann. L'ŒUVRE À L'OPÉRA DE PARIS L'Affaire Makropoulos a été représenté pour la première fois à l'Opéra Bastille en avril 2007, dans la mise en scène de Krzysztof Warlikowski, les décors de Malgorzata Szczesniak, avec, entre autres, Angela Denoke (Emilia Marty), Charles Workman (Albert Gregor), Vincent Le Texier (Jaroslav Prus), sous la direction de Tomas Hanus. C'est cette production qui est reprise aujourd'hui.
9/09/2023
FOTO: Mirco Magliocca
INFO: www.operadeparis.fr bellaunavitaallopera.blogspot.com

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